A 44 ans, Patrice, qui vit dans un village de la Manche, vient de rater, trois fois de suite, son permis de conduire. Jusqu’à son installation à la campagne, voici deux ans, il habitait Paris et roulait à moto. « Mais pour me rendre au travail, distant de 25 kilomètres, le deux-roues ne suffit pas, surtout l’hiver », explique-t-il.
Afin d’éviter un quatrième échec, Patrice ne se contente plus de l’enseignement de la conduite dispensé par une auto-école. Il loue régulièrement une voiture à double commande à la société Locapermis, qui dispose de bureaux dans plusieurs villes normandes et dans le Nord. Sa femme prend place à ses côtés, prête à appuyer sur le frein si un obstacle imprévu devait échapper à l’attention du conducteur. « Je me sens à l’aise avec elle. En revanche, la présence de l’inspecteur me stresse », témoigne Patrice.
Les jeunes apprentis font le même constat. « Je loue une heure de temps en temps, pour le plaisir de rouler. C’est moins cher que l’auto-école », raconte Tiffany, 18 ans, habitante de Rouvroy (Pas-de-Calais). Elle se fait accompagner par sa mère, « qui peut ainsi observer mon comportement en voiture », précise la jeune femme.
La location d’un véhicule à double commande ne remplace pas l’enseignement officiel. Pour avoir le droit de se présenter à l’examen, un candidat au permis de conduire doit impérativement effectuer vingt heures de formation en présence d’un moniteur d’auto-école. Mais il faut, en moyenne « trente-deux heures de conduite pour espérer une chance de succès », estime Yann Hamon, secrétaire national du Snica-FO, syndicat des inspecteurs du permis de conduire.
Or les heures de formation coûtent cher, au point que l’obtention du permis revient désormais à 1 500 euros en moyenne, comme le dénonce un rapport remis au gouvernement en 2008. Par ailleurs, le permis « à un euro par jour », lancé en 2005, ne rencontre pas le succès escompté, notamment parce qu’il repose sur la bonne volonté des établissements bancaires.
La location d’un véhicule équipé constitue, dès lors, une opportunité tentante, « 13,50 euros l’heure en souscrivant un forfait contre 45 euros avec un instructeur », vante Eric Monforte, fondateur de Permis- pas cher.com, l’une des quelques sociétés qui ont pris place sur ce marché, ou, si l’on préfère, sur ce créneau.
Les voitures proposées par ces entreprises, de type Peugeot 207 ou Renault Clio, ressemblent à toutes les autres à ceci près qu’elles sont pourvues d’un jeu de pédales situé sous le siège du passager avant, d’un boîtier permettant d’actionner l’avertisseur, les phares et les clignotants, et de rétroviseurs intérieur et extérieur supplémentaires.
Pour effectuer une location – généralement en ligne – l’accompagnateur doit être âgé de plus de 21 ans et détenir le permis depuis au moins trois ans. L’apprenti doit pouvoir présenter un livret d’apprentissage délivré par les auto-écoles au moment de son inscription. Quant aux rares candidats libres au permis, ils obtiendront une attestation à la préfecture du département.
L’engouement pour les véhicules équipés ne s’explique pas seulement par des considérations financières. Les candidats les utilisent également pour ne pas oublier les gestes en attendant le jour de l’examen. Car ils patientent parfois plusieurs mois avant que leur auto-école ne leur fournisse une opportunité de se présenter.
« Depuis 2007, les préfectures accordent aux écoles de conduite un nombre mensuel de candidatures proportionnel au taux de succès enregistré par leurs élèves », explique Hugues Lefevre, fondateur de Locapermis et propriétaire de plusieurs auto-écoles. En conséquence, les moniteurs ont tendance à présenter des candidats « sûrs », n’ayant jamais connu de revers. Or, seuls 53 % des candidats réussissent l’examen dès la première fois. « Ceux qui ont échoué sont condamnés à attendre », résume Philippe Colombani, président de l’Union nationale des indépendants de la conduite (UNIC), l’un des syndicats de la profession.
Les organisations représentant des écoles de conduite manifestent – ce n’est pas une surprise – leur scepticisme à l’égard de la location de voitures équipées. « C’est un phénomène de mode », lâche Philippe Malpièce, secrétaire général de la branche « formation des conducteurs » au Conseil national des professions de l’automobile (CNPA). Selon lui, « conduire à côté d’un accompagnateur non formé à la double commande présente un réel danger ».
Olivier Razemon
(source: Le Monde.fr)